Oui, bienvenue à Soan, nouveau venu dans le très expansionniste groupe Kiki, dont les objectifs sont la conquête du monde d’ici 2023.
Soan, neveu de son état, aura fort à faire dans l’avenir afin de vaincre les forces du mal : le réchauffement climatique, les OGM, ne pas avoir connu Michael Jackson, l’expansion de la Chine en Afrique au nom d’intérêts géostratégiques, l’interdiction des open-bars… Ca va être la galère, mon gamin. Mais bon, tu feras comme tout le monde, c’est-à-dire que tu te démerderas comme tu peux, et ça sera déjà très bien.
Dans la longue liste des difficultés qui t’attendent dans la vie, tu as sûrement vu que j’ai mentionné Michael Jackson, ou Michel Fils de Jacques, comme il aimait à être appelé. Michel, Mimi, Michou, c’est la curiosité avec laquelle ton père et tes oncles on a grandit et qui a bouleversé certaines conventions, amenant à briser certaines idées reçues et à découvrir un certain nombre de choses :
- On peut naître noir et mourir blanc.
- Devenir star à l’âge de 7 ans, ça laisse parfois des marques.
- On ne fait pas dodo avec Michel, tout simplement parce qu’on ne passe pas ses nuits dans le lit d’une personne qui a 30 ans de plus que soit, à part si on vit en Thaïlande et qu’on est déjà majeure et vaccinée.
- Il n’est pas forcément ridicule de chanter devant sa glace avec une brosse à cheveux tout en marchant à reculons. Quoique.
- Le gant orné de brillants et porté à une seule main, c’est la classe.
- La veste en cuir rouge blindée de fermetures éclairs avec des épaulettes à la ounégaine, ça peut être la classe.
- Avoir recours à la chirurgie esthétique et se faire refaire 6 ou 7 fois le nez, c’est pas du tout la classe.
Mis à part cela, il nous faut célébrer l’artiste qui en a fait halluciner plus d’un, du fait d’une marque tout à fait particulière qu’il a su imprimer à sa musique, en tout cas pour les albums tels que Off The Wall, Thriller et Bad. Pour Dangerous, ça se discute un peu plus.
En tout cas, même si le gars tenait plus de E.T. que de l’être humain conventionnel, il nous faut bien avouer qu’il a taillé sa place dans la bande originale de notre génération. Qu’on aime ou qu’on n’aime pas, c’est un fait. Alors, forcément, à la fin, il était plus mis en lumière pour ses frasques et ses déboires avec la Justice que pour sa musique, mais bon…
Mon très cher neveu, je me demande bien ce que le futur artistique te réserve. Avant moi, y’a eu Elvis, Claude François, Kiss et Carlos, nous on a eu droit à Prince, Madonna, Michael Jackson, Kiss et Marylin Manson, alors je me demande bien à quel type de mec bizarre et qui fait de la zic tu auras droit (en plus de Kiss, je veux dire).
Tout ça pour dire que je suis à Manille pendant encore une heure.
Là, je suis à l’aéroport, et grâce au miracle des nouvelles technologies, j’écris ces quelques lignes.
Au risque de déranger et de transformer ce blog en une sorte de tribune politique, j’aimerais dire quelque chose : j’aime les aéroports.
Putain, comme j’y vais… Un vrai rebelle, le Kiki.
Oui, j’aime bien les aéroports.
J’aime bien regarder ces gens qui vont, qui viennent, qui partent, qui pleurent en se quittant, rigolent en se retrouvant.
J’aime les zones duty-free, ces zones franches et stériles où il n’y a rien d’autre à foutre que d’acheter des clopes et de l’alcool en mangeant un sandwich qui t’a coûté l’équivalent de la dette du Burkina Fasso.
Il y a des bagpackers, voyageant à budget réduit, en train de potasser le Lonely Planet avant d’entrer dans l’avion.
Il y a les businessmen, en train de bosser sur leur laptop, ou bien en train d’écrire des emails sur leur Blackberry our leur iPhone (il y a deux écoles).
Il y a des familles qui voyagent ensemble. En général, c’est le bordel.
Il y a les habitués, ceux qui connaissent parfaitement le fonctionnement d’un aéroport, qui sont détendus comme pas permis. Certains sont même des habitués de l’aéroport et le connaissent comme leur poche. Ils passent devant les magasins en décochant un « Bonjour Suzon ! », après le clin d’œil de circonstances au douanier.
Il y a les stressés, ceux qui ne parlent pas trop bien anglais, voire qui prennent l’avion pour la première fois de leur vie. En principe, ceux-là, on l’entend moins leur grande gueule. Ils sont assis, ne bougent pas, les doigts verrouillés sur leur passeport et leur ticket, mais tout en essayant de prendre un air détendu.
Il y a cet Indien à côté de moi qui me casse les couilles à beugler dans son téléphone portable.
Il y a tous plein de nationalités.
Des gens qui sont ensemble, qui voyagent ensemble, qui sont en train de manger ensemble, qui sont excités à l’idée d’aller à un endroit, ou bien qui ont peur d’y aller, ou bien qui n’en ont rien à foutre, tout simplement. Mais bon, ils sont là, et ils se parlent.
Ils se parlent parce que les seules télés dans un rayon de 100 mètres ne balancent que des pubs ou des horaires de décollages et des portes d’embarquement. Parfois, un plasma timide donne les news de la BBC.
C’est bien, la zone duty free. On se parle, on lit, on écoute de la musique, on s’emmerde un peu aussi, mais on est bien.
Soan, je te souhaite de connaître tout ça. Ca fera peut-être le malheur de ta pauvre mère, mais voyager est certainement le meilleur remède anti-connerie au monde.
Etre un étranger dans un pays qui n’est pas le sien, ça aide à relativiser beaucoup de choses.
Tiens, par exemple, l’autre jour, j’ai appris que les Arabes étaient eux aussi des êtres humains. Autant te dire que j’étais sur le cul.
Oh la la, il dit des bêtises, ce tonton…
Ici à Manille, pour la première fois (d’un autre côté, c’est ma deuxième visite), j’ai regardé la route pendant que je me rendais chez mes clients.
J’ai eu tout loisir d’admirer les bidonvilles qui juchent les abords de Manille et d’être choqué de voir un village de tôle ondulée idéalement situé à côté d’une décharge, qui constituait un terrain de jeu propice à des charmants bambins pleins d’espièglerie, mais qui constituait surtout un terrain propice à une espérance de vie qui ne dépassera pas 40 ans, un taux d’illettrisme à 90%, ainsi qu’une possibilité non négligeable de se bousiller les neurones à l’aide d’alcool frelaté ou de colle bon marché.
Hier également, j’ai vu des gens bien éduqués, dans la plus pure confession catholique, dans un esprit d’ouverture et de respect de son prochain ainsi que de sa religion, me balancer à demi-mots des idées reçues, racistes et dangereuses sur les Musulmans vivant au Sud des Philippines, ainsi que sur leurs voisins indonésiens. Deux heures plus tard, j’ai eu un meeting avec une personne qui vient te parler de « nos frères musulmans », dans une langue de bois politico-religieuse qui te met directement sur le cul.
C’est à ce moment-là que je me suis vraiment demandé où se trouvaient les extrémistes.
Tu te rends compte que ces gens-là n’ont aucune ouverture vers les autres, et qu’ils ne se posent aucune question sur ce qui se trouve à la périphérie de leur vie. Et tu te dis qu’en France, c’est clair que ça se passe pas comme ça.
Et puis tu réfléchis.
Et puis tu te dis que finalement, les Philippins n’ont pas le monopole de la connerie, et que nous aussi, parfois, on a de très beaux moments de génie pour ce qui est de la débilité et de l’étroitesse d’esprit.
Donc mes conseils de vie sont : voyage, mange du couscous, fais le moonwalk et fous la paix à ton prochain.
Et puis ne jette pas de papiers gras.
P’tit con, va.
KikiDju, joli bébé tout chaud